Reportage : A la recherche d’une mode identitaire


Sea punk, hipster, bobo parisien ou encore nostalgique nineties… depuis quelques années des nouveaux styles apparaissent et sont réinvestis, mélangés, mixés. Il nous en devient difficile de cerner leurs origines et leurs symboliques. Réelles influences artistiques ou simple effet « moutons de Panurge » ? Pour mieux comprendre ces phénomènes sociaux culturels qui se développent nous sommes allés à la rencontre de jeunes étudiants qui se sont librement confiés sur leurs influences et leur ressenti vis à vis de la mode chez les jeunes. Ils ont entre 20 et 25 ans et viennent de toute la France : entre la métropole lilloise et Les Sables d’Olonne en passant par Paris. Ils côtoient des univers variés, certains font du théâtre aux Cours Florent, d’autres vont étudier la publicité aux Beaux Arts de Tournai. Témoignage d’une jeunesse confinée dans un monde où le style est roi.

Jeanne Garnier : Salut, comment définirais-tu ton style ?
Dylan Fluzin : Je dirais entre le sportwear et le classicisme flamand.

Elise : Vintage, se voulant original et différent.

Camille : Ma façon de m’habiller s’accorde avec mes inspirations : pour la mixité des couleurs et des motifs qui fait écho au métissage et au mélange de textures et univers important dans mes références. Et aussi, je vise souvent le confort et préfère accessoiriser avec des boucles d’oreilles par exemple, redéfinissant un peu la vision de la femme « sensuelle et élégante ».

Dylan Genest : Je n’ai pas UN style en particulier, c’est difficile à définir. Mais si il fallait mettre un nom dessus je pense que ce serait entre le style hippie et BCBG.

Alizée : Humm… comment je définirai mon style… c’est super compliqué ! Un peu street, oversize…

J.G : Qu’est ce qui vous influence quand vous choisissez vos vêtements ?
Dylan Fluzin : J’aime bien jouer sur les longueurs et les différentes matières dans une même couleur, essentiellement du noir. Je m’inspire beaucoup des créateurs flamands comme Anne Demeulemeester, parfois Margiela, Akerman pour les longueurs.

Charles : Tu sais, j’écoute énormément de punk, de hardcore et de grunge. Graphiquement j’adore le style de Gorillaz. Forcement ça a une influence dans mon style vestimentaire, tu vas souvent me voir avec des jeans troués, des pulls trop grands et des écarteurs.

Elise : Le cinéma m’inspire particulièrement, j’aime beaucoup l’esthétique de Christophe Honoré. Les looks créés dans les friperies aussi forcément.

Camille : J’aime particulièrement la musique qui transporte dans des univers nostalgiques ou euphoriques comme Air qui lie l’électro, à la downtempo. Ou Tuung, groupe électrofolk qui peut se rapprocher aussi de Skip & Die ou Thievery Corporation : des groupes aux sonorités « musique du monde » avec des rythmes et des ambiances très marquées. Niki de St Phalle et Aline Ribière sont deux plasticiennes influentes dans les années 70/90 qui questionnent le corps, la texture à travers diverses expérimentations sculpturales ou textiles et qui ont mené un combat sur la place de la femme dans la société. Je les joindrais à Prue Stent, jeune photographe, qui s’interroge également sur la sensualité et la féminité.

Dylan Genest : Je pense avant toute chose que l’environnement social influence mes tenues, ainsi que les personnes que je côtoie. Je suis attiré par diverses tendances vestimentaires. Mon humeur, le temps qu’il fait …tout ça joue sur ma façon de m’habiller. L’époque  » soixante-huitard  » me correspond assez bien, cette façon de penser ; en marge de la société, le style de musique et la liberté de l’époque.

Alizée : Rien ne m’influence vraiment tu sais, je vois juste qu’est ce qui irait bien dans mon armoire, en fonction de ce que j’ai déjà pour compléter mes tenues, les rénover. Après j’adore le rose, donc forcément ça m’influence un peu dans mes choix.

J.G : Ton milieu de travail joue aussi sur la façon dont tu vas t’habiller ?
Charles : Alors là pas du tout, je dirais même que c’est l’inverse. Je suis graphiste et actuellement il y a beaucoup de styles qui se démarquent dans le milieu, tout dépend le client que tu as en face de toi et la demande. Mais comme pour les fringues, c’est surtout la musique qui va influencer sur mes productions.

Camille : Non, je ne pense pas qu’il est une grande influence sur mon style vestimentaire. Je suis en étude et mode et considère que dans le milieu artistique, il existe une plus grande liberté d’expression notamment en ce qui concerne le look. Attention toute fois au port de « couvre chef dans l’établissement où je fais actuellement mes études, qui est formellement interdit ! »

Alizée : Non pas vraiment, je suis en étude de mode et pourtant tu vois ça ne joue pas sur mes tenues.

J.G : Vous pouvez me citer une de vos pièces fétiches pour illustrer tout ça ?
Dylan Fluzin : Humm… Mes Nike Air montantes, je les kiff grave ! Et mon bomber Saint Laurent aussi même si je le porte moins souvent.

Charles : Je porte que des Nike, ces mes bijoux. Y a aussi mes casquettes qui je chéris : des Wastes, Obey, des marques de skates quoi.

Elise : Mon sac Jerome Dreyfuss billy et mon manteau en peau de lainée retourné vintage aussi.

Camille : Ma pièce fétiche est une veste que j’ai trouvé à Emmaus, j’en ai des dizaines mais je ne connais pas la marque, je chine la plupart en friperies !

Dylan Genest : Mon jeans Levis 501 des années 80. Il a une grande valeur sentimentale pour moi.

Alizée : Mes chaussettes dinosaures Top shop… je les adore !

J.G : Et sinon, Vous pensez quoi de la mode actuelle chez les jeunes ?
Dylan Fluzin : Quoi penser de la mode actuelle chez les jeunes ? Ca dépend du cercle « social » dans lequel on vie. Pour ma part je trouve que soit ça vire au n’importe quoi juste histoire d’être différent, soit on est dans le monde de la culture électro clubbeur avec des jeunes qui se plaisent à correspondre aux archétypes de cette culture.

Elise : J’habite à Paris, c’est une ville où il y a une vraie variété, tout dépend du quartier où l’on se trouve.

Dylan Genest : La mode actuelle chez les jeunes se résume en un mot : « Hypsterisation ». Un mélange de plusieurs époques, une façon de pensée. C’est bizarrement une manière de se mettre à part mais finalement ça touche tellement de jeunes que ça en devient banal – je généralise – . Mais bon, c’est toujours mieux que les années 2000.

Alizée : La mode actuelle chez les jeunes … ça les fait tous devenir des clones. Ils portent tous les mêmes choses maintenant…

Auteur : Jeanne Garnier