La glisse version luxe


 L’utilisation de l’image du surf dans les publicités sans rapport direct à la surf-culture se généralise y compris dans les grandes marques de luxe. Lorsque l’on pense aux premiers surfeurs des années 60’s que l’on identifiait de clochards des plages, on se demande Surf et luxebien aujourd’hui comment le surfwear est-il devenu « hype » . Le surf n’est pas qu’un sport mais un état d’esprit qui s’applique à un mode de vie respectant autant la nature que son corps. Les communautés de surfeurs rassemblent simplement des personnes éprouvant le besoin de se dépasser, d’être proche de la nature, de ressentir l’énergie positive que la glisse et l’air iodé peuvent procurer.
Les Hawaïens, les Californiens et les Australiens, suivis par les autres pays dont la France, ont contribué à donner au surf, hymne à la nature, à la musique, aux couleurs et aux sensations, un ensemble de traditions, d’histoire, de gestes, de références communes, disons donc «  une culture  ». Petit à petit, qu’elle vive à Biarritz, Honolulu, Coolangatta ou Florianópolis, la tribu des surfeurs en est venue à créer, avec beaucoup d’inventivité et de talent, ses propres codes, ses propres modes d’expression, ses propres repères.

Il me paraît assez ironique de concevoir des marques soit disant surfwear et des concept-stores qui se prônent « surfshop » en plein centre de Paris. Comment concevoir un tel magasin entouré de beaux nuages pollués, et d’une population en général qui ne prend même pas la peine d’esquisser un sourire à son voisin. Des créateurs de marques qui se considèrent « surfwear » par le simple fait de floquer un sweat avec « SURFING » ou « WAVES ». et qui ne sont jamais montés sur une board, ou qui ne connaissent pas la définition du terme « offshore ». Il s’avère indispensable, de comprendre que le surfwear n’est pas une tendance d’origine mais une façon de s’habiller qui correspond au rythme et à la façon de vivre des surfeurs. Toutes personnes pratiquant ce sport de glisse vous dira que les meilleurs moments à l’eau sont les sessions au lever et au coucher du soleil, là où la nature est la plus mystique. Tout ça pour vous dire, que le sweat à capuche, le chino, ou le bonnet en laine sont des pièces de vêtements dans lequel vous vous sentez bien, qui sont confortables et qui s’adaptent aux conditions climatiques matinales des côtes. Pour résumer grossièrement, on cherche le confort, la chaleur (pour les côtes basque en hiver) ou bien, tout au contraire des robes légères pour les sessions à Bali. Par ailleurs, ce sport dont on devient dépendant rapidement, nous amène à voyager dans le but de dénicher les meilleurs spots de surf, les meilleures vagues, les plus beaux tubes… Ces voyages permettent de découvrir des identités marquées par une culture de la mode, des traditions, des origines différentes de la notre (Indonésie, Maroc, Pérou…). Pour cette raison, les marques tels que Quiksilver, Billabong ou encore Ripcurl, s’inspirent d’imprimés, de broderies, de couleurs, de matière provenant ou faisant référence aux cultures de ces pays étrangers. La mode surfwear est à mon avis un assemblage de souvenirs, de rencontres, d’échanges entre de multiples civilisations. Le tout combiné à un aspect de confort, d’aisance et de bien-être entre le corps et le vêtement. Un dressing qui s’adapte au besoin physique et psychique du surfeur. Voyager tous les jours en portant les souvenirs de ses découvertes à l’international, de son expérience, sans se sentir contraint dans ses mouvements. Voilà, ce qui a pu distinguer, stylistiquement parlant, « le surfeur » avec ses chemises hawaïennes, son boardshort et ses cheveux décolorés par le sel et les UV.

Surf et luxe

Aujourd’hui ce sont paradoxalement les marques de luxe qui utilisent régulièrement les sports extrêmes pour rajeunir leur image. C’est le cas de Chanel, qui ne se lasse pas du surf, avec ses anciennes campagnes pour les parfums, ou encore Louis Vuitton. Peut-être que ces grandes firmes de luxe visent, grâce à ce sport, à se rendre accessible et en adéquation avec la jeunesse actuelle, à la vie peut-être plus « cool ». Effectivement, nous pouvons considérer cette association du surf et du luxe, comme une association d’images et d’univers sublimes pleins d’esthétisme et de charme. Cependant, je doute fort que l’état d’esprit des grands publicitaires et des directeurs artistiques correspondent réellement à celui de la surf-culture qui célèbre l’art de vivre dans la patience, l’humilité et la simplicité d’échange. Je les soupçonne de s’approprier ouvertement les valeurs du surf sans aucun complexe à des fins purement commerciales. Un esprit individualiste qui ne correspond en aucun cas à l’état d’esprit des surfeurs, unis par des valeurs communes qui permettent d’effacer les barrières construites par notre société individualiste.

Auteur : Manon QUETRON