Downtown Divas : La descente de l’héroïnomane chic.


C’est au cours d’une froide nuit de l’année 2014 que les yeux du photographe Gigi Ben Artzi s’arrête sur le corps d’une prostituée russe. Elle est mince, voir maigre, sa coupe de cheveux est atypique, elle à tout d’un modèle des années 60, à cela près qu’elle est toxicomane, et que ça se voit. C’est de cette rencontre qu’est né le projet « Downtown divas », une

 

série de photographies accompagnées d’une vidéo de 16 minutes créé, produit et réalisé par Loral Amir et Gigi Ben Artzi. Pour ces deux photographes, qui font poser ses femmes blessées dans des marques de luxe tel que Kenzo, Alexander Wang ou encore Louis Vuitton, c’est avant tout un moyen de détourner les codes esthétiques de la mode actuelle : si « l’héroïne chic » peut nous sembler glamour avec ses cernes accentuées, sa maigreur et ses yeux vitreux, la réalité frappante des toxicomanes est tout de suite moins sexy. Le contraste en est absolument stupéfiant. C’est aussi le statut de « l’ex-territoriale » qui a interpelée ces artistes : ces femmes font partis d’un groupe qui existe en dehors de la société, mais qui est en fait un produit de celle-ci. Outre l’aspect esthétique, ils ont voulus intégrer ses femmes dans la société et ignorer cette étiquette qu’on pouvait leur associer.

Pas de débandades émotionnelles, nous sommes loin du documentaire NRJ12 nous comptant comment Mademoiselle X est tombée dans la drogue suite à des désaccords familiaux. Quand les toxicomanes sont le grand sujet, nous nous attendons forcement à entendre comment celles-ci sont devenues accros et comment l’héroïne a pu détruire leur vie. C’est surement ici l’un des points forts de cette oeuvre. Au lieu de se concentrer sur ces questions et de les photographier dans leur « milieu naturel » comme nous avons l’habitude de voir, celles-ci sont en studio dans des vêtements chics et parlent de leurs rêves, leurs habitudes, de musique et de politique. Quand nous vivons dans une grande ville, nous rencontrons souvent des hommes et des femmes qui leur ressemblent, et nous sommes toujours amener à nous demander ce que leurs pensées, leurs espoirs et leurs rêves pourraient être dans cette boucle infinie de l’autodestruction. Dans ce film les femmes parlent exactement de cela, en offrant un rare aperçu de la vie intérieure d’un toxicomane. Le but n’est pas d’idéaliser l’utilisation de drogues, d’ailleurs celles-ci n’est que « physique » dans l’œuvre, mais de mettre en évidence leur réalité. La plus grande surprise pour les deux photographes furent d’ailleurs de constater que malgré la dureté de l’environnement dans lequel vivent ces femmes, à la fois mental et physique, celles-ci restent sensible au monde extérieur et ont les mêmes aspirations et envies que des femmes ordinaires.

Downtown divas on vidmeo : https://vimeo.com/108770583

Auteur : Jeanne Garnier