La Photothérapie


Réconcilier l’Homme avec son corps est l’essence même de la photothérapie. Le principe étant de photographier l’individu dans son entité pour lui permettre de (ré)apprendre à aimer son corps. Les défauts que chacun peut percevoir dans son propre miroir, disparaissent, ou du moins s’affaiblissent, dans l’objectif du photographe. Grâce à cette technique le modèle prend conscience du faux jugement qu’il peut avoir de lui-même. Marine Mohamed, photo-thérapeute, a gentiment accepté de répondre à quelques unes de nos questions afin de comprendre plus exactement : qu’est-ce que la photothérapie ?

  1. Marine, comment as tu débuté dans la photo? Comment as tu compris que c’était ta voie?

 C’est au cours de mon cursus en BTS design de mode que je me suis passionnée par la photographie. J’ai tout d’abord commencé par travailler la scénographie. Je m’attachais à trouver des lieux, des modèles, des accessoires, du stylisme pour mettre en scène mes thématiques. Me rendant compte que mes bases techniques étaient trop faibles pour un rendu optimal, je me suis lancée dans une formation complémentaire : une FCIL (formations complémentaires d’initiative locale) d’image de mode et communication. Pendant cette année là, Pierre Magne, photographe professionnel, m’a initié aux bases de la photographie. Travailler la lumière m’a tout de suite plu, c’est pourquoi j’ai continué dans cette voie là. J’ai alors réalisé un stage à l’Idéal Studio afin d’approfondir mes connaissances et de me perfectionner. La photographie, c’est immortaliser un temps, cela revient à dévoiler ce qu’on n’a pas l’habitude de voir, et pour moi, c’était l’occasion de développer de nouvelles idées, de nouveaux concepts et dénoncer des problèmes de la société actuelle.

  1. Comment as-tu envisagé l’art thérapie?

 L’art, fait désormais parti intégrante de ma vie. Je voulais garder un pied dans ce milieu tout en trouvant un autre créneau dans lequel je pouvais aider les autres. Dans le milieu de la mode particulièrement, je me suis rendue compte que les gens étaient très attachés à l’image qu’ils renvoyaient d’eux même. Le corps, ce sujet qui m’interpelle, est une véritable mine d’or. Il a un caractère symbolique, qui met généralement en avant certains conflits personnels ou relationnels. Ce sont particulièrement ces recherches autour du corps qui m’ont peu à peu amené à des pratiques artistiques vers la santé, donc vers l’art thérapie.

  1. Comment s’organise ton travail autour de la photo-thérapie ?

 Aujourd’hui, je suis spécialisée en arts plastiques thérapie. Cette discipline me permet de travailler avec différents médiums : la peinture, le pastel, les encres, le modelage, le collage, la photographie etc, c’est pourquoi je peaufine mes futurs dispositifs art thérapeutiques. En photographie par exemple, on peut parler de photodrame. Je trouve ma motivation dans le fait d’essayer de trouver un moyen de soigner la dysmorphophobie (dépréciation généralisée du corps). Il s’agit là, d’une utilisation du portrait pour des patients en souffrance, n’acceptant pas leur physique. Cela montre combien l’image mentale, subjective, que nous avons de notre propre corps peut susciter comme mal-être. Ici la photographie est utilisée comme preuve, comme document, afin de redonner confiance aux patients. Ici le cliché a davantage un rapport avec le réel, en tant que restitution fidèle, qu’à une expression artistique d’un potentiel contenu dans celui-ci. Le portrait photographique est une manière de s’accepter, en pouvant se comparer, à soi-même, mais aussi aux autres. Le photodrame permet de renforcer l’estime du patient et d’accepter ses transformations corporelles. J’utilise également des photographies déjà publiées afin de faire naitre des débats autour de celles-ci. D’autres idées me viennent mais elles n’ont pas encore été proposées dans des ateliers d’art thérapie donc je les étudierais plus en profondeur avant de pouvoir en parler.

  1. Vois-tu un véritable changement dans la mentalité de tes patients après avoir eu recours à cette technique?

 Ce dispositif est encore en cours d’étude, mais je peux dores et déjà dire que ces ateliers permettent un véritable travail sur soi, s’inscrivant notamment dans un cadre pluridisciplinaire. L’art thérapie a dans tous les cas déjà fait ses preuves dans de nombreux centres thérapeutiques.

  1. As-tu, toi même, déjà eu recours à cette technique?

De mon côté, je n’ai jamais pratiqué l’art thérapie en tant que patiente, cependant, j’ai réalisé quelques ateliers expérimentaux dans un cadre scolaire qui m’ont permis d’étudier les processus mis en jeu au cours de ces ateliers. Il faut savoir qu’en art thérapie le cadre est primordial. Dans quel lieu sera réalisé l’atelier ? S’agira t-il de travailler en groupe ou de manière individuelle ? Qui seront les patients ? Quelles sont les indications ? Quelle sera la fréquence des ateliers ? Quels objectifs définissons nous ? Que deviendra l’oeuvre créée? Quelles sont les approches théoriques choisies afin d’étudier les processus ? Toutes ces questions sont selon moi indispensables pour mettre en place un atelier d’art thérapie.

Photo : C. Pierre Magne

Photo : C. Pierre Magne

Afin de mieux percevoir ce phénomène, Colyne Mahieu témoigne de sa propre expérience en art-thérapie. En effet, elle rêvait depuis toute petite de faire de la photo. Se trouvant trop petite et pas assez jolie, elle décide malgré tout de tenter sa chance en tant que modèle. « La première séance photo a tout changé » affirme t-elle. Elle prend alors confiance en elle et accepte petit à petit ses complexes. « J’ai continué la photo, puis un jour j’ai décidé de commencer à faire du nue ». Elle me confie que grâce à ces quelques clichés, la vision qu’elle pouvait avoir de son corps a totalement changée. Colyne accepte aujourd’hui parfaitement ses formes. « Ce qui me plait dans la photo, c’est de me trouver jolie sur l’appareil photo alors que dans mon miroir je remarque tous mes petits défauts, le photographe a su me rendre belle et a rendu possible le fait qu’aujourd’hui j’accepte mon corps. J’ai une véritable confiance en moi et en l’image que je peux renvoyer, cela n’aurait jamais été possible si je ne m’étais pas lancée dans la photo ».

Auteur : Priscille MOLITOR